Interview d’Aurélien Magnin

Envie d’en savoir plus sur le crowdfunding ? Nous avons posé quelques questions à Aurélien sur le sujet…

Aurélien Magnin animera le 9 juin prochain le dernier Je dis Web de la saison, sur le sujet du crowdfunding.

Crowdfunding, ou financement participatif, qu’est-ce que c’est ?

Le crowdfunding, littéralement « financement par la foule » en anglais, désigne des méthodes de financement qui font appel à un grand nombre de personnes pour financer un projet.
Il permet grâce à ses 3 modes de financement (la pré-vente, le prêt ou la prise de capital) de s’adapter pratiquement à chaque projet.

Cette « consommation collaborative » : est-ce vraiment nouveau ou cela existe-il depuis longtemps ?

La collaboration autour d’un projet a toujours existé. Il y a de nombreux exemples de financement faisant appel à la communauté dans l’Histoire, comme par exemple les travaux de la Statue de la Liberté qui débutèrent en 1875 après une souscription auprès de milliers de particuliers et d’entreprises.
Le crowdfunding sous sa forme actuelle (via des plateformes internet) existe depuis une dizaine d’année et s’est développé dans les usages d’abord grâce à une communication positive bien poussée et surtout grâce à une volonté croissante des populations de savoir à quoi sert leur argent quand ils en donnent ou investissent.

L’internet a-t-il permis de démocratiser ce système ?

Absolument, c’est Internet qui permet la mise en relation entre les porteurs de projets et les souscripteurs même s’ils ne se connaissent pas ou habitent à plusieurs milliers de kilomètres l’un de l’autre. Sans ces plateformes web on n’aurait pas accès à un réseau assez important pour collecter plusieurs centaines de milliers d’euros, sauf à mobiliser des moyens médias très importants comme le fait le Téléthon.
Il existerait près de 300 plateformes actives en France, mais on assiste au fil des mois à une concentration autour des principales. Pour en citer quelques-unes : Kiss Kiss Bank Bank, Ulule, Lendopolis, Lendix, Kickstarter… ou autour de plateformes spécialisées comme Kocoriko (projets Alpins) et Enerfip (développement durable)

Le crowdfunding : un moyen facile pour se faire de l’argent ou une réelle innovation dans la récolte de fond et la concrétisation de projet ?

Le volume important de projets mis en ligne chaque jour engendre une véritable professionnalisation des campagnes pour sortir du lot.
Il ne faut pas oublier qu’au-delà des success stories, il y a plus de 50% des campagnes en don qui échouent, et malgré une forte sélectivité ce sont environ 30% des campagnes en prêt présentées au public qui n’obtiennent pas leur financement.
Il y a besoin d’une vraie réflexion et du travail pour structurer intelligemment sa campagne et remporter l’adhésion du public, ce qui fait qu’on ne peut plus vraiment parler « d’argent facile ». Au contraire il y a une réelle attention à avoir sur la rentabilité de la campagne en prenant bien en compte les dépenses notamment en communication et logistique, sinon il est très facile d’avoir une campagne qui coûte plus d’argent qu’elle n’en rapporte.
Au-delà du financement, il faut garder en tête que le crowdfunding est aussi un très bon moyen de confronter son projet à la réalité et en quelque sorte une étude de marché accélérée.

Que se passe-t-il lorsque le projet échoue : les fonds sont redistribués ? et au contraire lorsqu’il réussit : récupère-t-on d’une façon ou d’une autre sa « mise de départ » ?

La règle générale est basée sur le « tout au rien », partant du principe que si vous n’atteignez pas le montant ciblé par votre campagne alors vous n’aurez pas la capacité à réaliser le projet que vous avez présenté. Ainsi si votre collecte échoue, vous ne toucherez pas les fonds et les souscripteurs seront remboursés automatiquement.
A contrario, lorsque le projet est réussi ou dépasse le montant ciblé, le porteur de projet touche très rapidement les fonds sur son compte (quelques jours après la collecte) et le souscripteur reçoit soit une contrepartie quelques mois plus tard, soit un remboursement progressif de sa mise de départ (avec ou sans intérêt), soit des parts de capital.

N’importe qui peut se lancer dans une demande de financement participatif ?

Le financement participatif est ouvert à tous, même pour des projets d’activité BtoB. C’est le marché qui décide si votre projet mérite d’être financé. On parle souvent d’une « intelligence collective » qui opère une sélection basée sur la crédibilité du porteur à tenir ses engagements et à mener à terme le projet.
Il existe toutefois des conditions spécifiques pour les campagnes à vocation d’investissement qui opèrent une sélection en se basant sur une analyse de la capacité de l’entreprise à rembourser sa levée. Ainsi il faut en général au moins 2 bilans clôturés et une activité rentable.

Y’a-t-il une concurrence avec d’autres acteurs (investisseurs privés, business angels…) ?

Si l’on considère à périmètre d’intervention égal, donc les campagnes de prêt et d’entrée au capital de TPE et PME, le crowdfunding permet de démocratiser l’accès à l’investissement.
Les plateformes apportent une simplicité d’utilisation et un souhait de présenter les projets de manière claire même pour des non-initiés.
Le ticket moyen en crowdlending est d’environ 400€ (à partir de 20 € sur la plupart des plateformes), en crowdequity il est de 4000€, alors que chez les business angels des réseaux traditionnels ce ticket est plutôt autour de 15 000 €.
La philosophie est ainsi basée sur une ouverture dans la phase de présentation du projet pour mobiliser un grand nombre d’individus, ce qui n’entre pas vraiment en concurrence avec les acteurs traditionnels du capital d’investissement.

Peut-on attendre de grand bouleversement dans les années à venir, ou de nouvelle façon de financer un projet ?

La croissance est forte et le secteur double de taille chaque année.
Il y a les prémices d’une rationalisation avec la fermeture d’acteurs non rentables (comme My Major Company qui était l’un des pionniers dés 2008) et un rachat significatif il y a quelques semaines dans le crowdlending (Finsquare par le leader Lendix).
Les projections laissent imaginer que nous allons assister à une croissance appuyée particulièrement sur le crowdlending (financement en prêt).
On voit d’ailleurs les acteurs des télécoms et de la finance se positionner petit à petit, comme avec l’entrée d’Orange en Février au capital de Kiss Kiss Bank Bank.
De vraies évolutions sont donc à venir, à la fois en terme d’usages et de technologies (nouveaux algorithmes de décision, outils de répartition automatique des prêts…)

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